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Comment préserver l’équilibre de l’enfant lors d’une séparation de couple conflictuelle ?

Chaque année, en moyenne, 130 000 divorces sont prononcés en France – un chiffre qui ne prend pas en compte les ruptures conjugales des couples pacsés ou en union libre. Les tensions liées à la séparation peuvent largement compromettre l’équilibre des enfants, qui en sont les premiers témoins – ou dans les cas extrêmes – les premières victimes. Mais alors, comment parvenir à préserver leur bien-être lors d’une séparation de couple conflictuelle ? Nassira Feghoul, invitée du podcast Les Mariannes et fondatrice d’une association spécialiste du sujet, esquisse quelques solutions dans l’intérêt de l’enfant.

Prioriser la mise à l’abri de l’enfant face au conflit parental

Conformément à la loi du 14 mars 2016, « La protection de l’enfance vise à garantir la prise en compte des besoins fondamentaux de l’enfant, à soutenir son développement physique, affectif, intellectuel et social et à préserver sa santé, sa sécurité, sa moralité et son éducation, dans le respect de ses droits ».

Or, dans un contexte de séparation conjugale conflictuelle, l’équilibre de l’enfant peut être mis à mal. Face à l’intensité du conflit, le couple parental occulte, souvent inconsciemment, la souffrance vécue par l’enfant et sa santé globale peut être mise en péril.

Ce constat, Nassira Feghoul l’a observé dans son expérience personnelle. Lorsqu’elle entreprend ses premières recherches auprès d’associations, pour y trouver elle même de l’aide, elle s’aperçoit rapidement que l’accompagnement proposé aux parents ne permet pas de protéger l’enfant du conflit. Face à cette réalité et alors qu’elle travaille comme directrice de banque, Nassira Feghoul reprend les bancs de l’école. Elle se forme à la médiation, à la résolution de conflits, à la négociation, et réalise un mémoire sur la souffrance des enfants dans le cadre des séparations conflictuelles. Les conclusions apportées sont édifiantes, et confirment les risques auxquels sont confrontés les enfants exposés directement au conflit parental.

Suite aux différentes enquêtes menées sur le terrain et déterminée à venir en aide, aussi bien aux enfants qu’aux parents, Nassira crée l’association Équilibre, à Bordeaux, en février 2018. L’objectif est pluriel : 

  • Amener le couple à opérer une prise de recul sur sa situation.
  • Accompagner les parents dans le cadre de leur séparation.
  • Éloigner l’enfant du conflit parental. 

⏩ Pour en apprendre davantage sur l’association « Équilibre », retrouvez Nassira Feghoul dans l’épisode 19 du podcast Les Mariannes.

Entreprendre des démarches d’accompagnement dans le cadre de la séparation de couple

Élodie Mulon, avocate spécialisée dans le droit de la famille, rappelle la primauté de l’intérêt de l’enfant au sein de la famille, et notamment en contexte de séparation conjugale.

Dans le cas d’un couple marié, le droit de garde et les modalités d’exercice de la parentalité conjointe sont fixés légalement par le juge aux affaires familiales. Néanmoins, le cadre légal ne peut garantir à lui seul le bien-être de l’enfant au quotidien. Rappelons que la séparation est un facteur de stress majeur pour l’enfant. Son lieu de vie, ses habitudes et ses repères sont profondément modifiés. Si ces changements ne sont pas soutenus dans le cadre d’un accompagnement de l’enfant d’une part, et des parents d’autre part, l’équilibre émotionnel de celui-ci n’est alors plus assuré. De plus, l’enfant est régulièrement aux prises d’un conflit de loyauté, à partir duquel il devient solidaire de son père ou de sa mère, et rejette le second parent.

L’accompagnement parental est l’un des axes que travaille Nassira Feghoul au sein de l’association bordelaise. Après avoir analysé la situation du couple, l’équipe oriente chacun d’eux vers les professionnels compétents (avocats, psychologues, etc). L’association travaille également avec les bailleurs sociaux et les agences immobilières. L’objectif de cet accompagnement consiste à alléger la charge mentale des parents, et à isoler au plus vite l’enfant du conflit.

Adopter un mode de parentalité cohérent

Distinguer le couple parental du couple conjugal

La distinction de ces deux termes est essentielle pour mieux appréhender la notion de responsabilité parentale. Dans sa dimension originelle, le couple est formé à partir de l’association de deux individus distincts. Leur union forme un couple conjugal. Toutefois, si le couple donne naissance à un enfant, il évolue vers le couple parental. Les compétences propres à chacun des deux adultes se mettent alors au service de leur fonction parentale commune. 

Dans un contexte de vie habituel, la parentalité s’exerce pleinement, et conjointement, au bénéfice de l’enfant. Il s’agit du modèle dit de coparentalité. Néanmoins, celle-ci peut être entravée dans le cas d’une séparation de couple conflictuelle ou de violence conjugale exercée par l’un des deux membres du couple sur l’autre. Il est alors nécessaire de revoir le modèle parental pour protéger l’enfant.

Apporter une réponse éducative et affective cohérente à l’enfant

Dans la majorité des cas, le modèle classique de coparentalité reste en place suite à une séparation de couple. Il peut en effet continuer d’exister lorsque les parents sont en mesure de prendre des décisions conjointement et dans l’intérêt de l’enfant. La résolution des conflits, ou a minima la préservation des enfants, en est un prérequis.

Au sein de son association et quand cela est possible, Nassira Feghoul œuvre pour un maintien de la coparentalité, suite à une séparation de couple. Mais dans certains cas, la coparentalité ne peut continuer à être exercée, notamment lorsqu’il existe de la violence conjugale dans le couple. Qu’elle soit verbale, physique ou psychologique, la violence représente toujours un danger pour l’enfant. Le modèle alternatif de la parentalité en parallèle est alors préconisé. La garde reste conjointe entre les deux parents, sans qu’aucune forme de communication perdure.

Dans son ouvrage Violences conjugales : un défi pour la parentalité, la psychologue Karen Sadlier en détaille le fonctionnement. Les échanges parentaux étant totalement rompus, l’objectif est d’accompagner chaque parent indépendamment l’un de l’autre dans sa fonction parentale, et de construire avec lui un projet éducatif adapté pour l’enfant. 

Dans les situations de violence conjugale les plus graves, et a fortiori dans le cas de féminicides, le maintien du lien parent-enfant(s) peut être questionné par la justice. 

Pour mieux comprendre l’impact des violences conjugales sur les enfants, consultez la page dédiée du Centre d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles (CIDFF). 

S’il est indéniable que la plupart des parents ont conscience de l’importance de préserver leur(s) enfant(s) d’une séparation conflictuelle, cela s’avère compliqué sans un accompagnement global. C’est en ce sens que l’association de Nassira Feghoul a vu le jour, et accompagne aujourd’hui de nombreuses familles. Protéger les enfants des conflits et/ou de la violence dans le couple parental est une condition vitale à leur équilibre psychique et émotionnel. Bien plus qu’une obligation morale, la protection de l’enfance est inscrite dans la loi française et plus largement, dans la Convention Internationale des Droits de l’Enfant. 

Irène Golliot

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